Article / absolu - le, 19/05/2017

Mi-Off Mi-course mais plein succès pour la Migoual

Compte-rendu – Ultra-trail | Migoual Concept Race à Millau les 13 et 14 mai

La Migoual Concept Race s’est déroulée pour la première fois les 13 et 14 mai, dans le cadre de la Verticausse, à Millau. Plus qu’une course, c’est une invitation au voyage pédestre sous forme d’aller-retour en mode dépouillé.

Quand on colle les termes « course à pied » et « Millau » ensemble, on pense forcément « 100 km de Millau » ou « Les Templiers ». Certes. Mais au-delà de ces épreuves emblématiques de la cité millavoise, d’autres propositions existent, telle la Verticausse.

La Verticausse, ou « Larzac Trip Trail », ce sont rien moins que 7 épreuves différentes sur 2 jours de course à la mi-mai. Jusqu’à présent, l’organisation associative (c’est important de le souligner) proposait 6 épreuves allant du Kilomètre Vertical (disputé en deux fois !) au 85 km, avec comme point d’orgue la Verticausse (44 km). Mais cette année, à l’initiative du Président de l’association, Lionel Planes, une nouvelle épreuve est née, la Migoual Concept Race. Une épreuve au nom étrange, et au format tout aussi étrange : un 130 km en aller-retour, en équipe de 2 ou 3, sans balisage, en quasi autonomie, sans classement. Késaquo ?

« Quand on a emménagé à Millau en venant de Provence, j’ai cherché quel pouvait être le sommet emblématique à relier en courant depuis la maison. Il y a la Puncho bien sûr, mais elle est juste au-dessus de Millau, et puis c’est une petite bosse, pas vraiment un sommet ‘alpin’. » Finalement, c’est vers le Mont Aigoual que Lionel a jeté son dévolu, une montagne qui culmine à 1565 m d’altitude, juchée entre Gard et Lozère. « J’ai fait quelques fois le trajet entre la maison et le Mont Aigoual en courant, en VTT, et puis j’ai eu envie de le partager. »

Et voilà comment est née la Migoual : Mi- comme Millau, -goual comme Aigoual, et entre les deux, un parcours de 65 km en suivant le GR62 pratiquement de bout en bout. « Et puis une fois arrivés au Mont Aigoual, qu’est-ce qu’on fait ? Ben on revient à Millau… » complète Lionel, esquissant ainsi les caractéristiques d’un parcours pour le moins original : d’abord une vingtaine de kilomètres très typés trail, enchaînant montées et descentes souvent techniques, puis une quarantaine de kilomètres plus roulants, mais globalement montants, et enfin cinq kilomètres de nouveau typés trail. Puis demi-tour, et on refait la même chose mais dans l’autre sens.

Ce parcours mixte – environ 50 km de trail classique et 80 km de trail roulant pour un total de 4000 mètres de dénivelé positif – donne un format atypique qui nécessite des qualités bien différentes : il faut être capable de monter et descendre de grosses pentes dans des chaos calcaires, mais aussi de courir longtemps sur des faux-plats montants ou descendants.

Ceci dit, aucune pression sur la Migoual (enfin si, mais elles se boivent plus qu’elles ne se subissent !) : avec un départ à 10 h le samedi, et une barrière horaire à 18 h le dimanche, le délai de 32 heures permet largement à tous de rentrer à bon port sans trop stresser. De plus l’organisation est « cool » et donne les moyens à chacun de terminer, quitte à couper un petit morceau du parcours initialement prévu.

C’est donc dans une ambiance détendue, en présence du Président et de la poignée de bénévoles qui sont dédiés à la Migoual, que le départ est donné samedi matin à 10 h, sous un ciel couvert mais sans pluie… et pourtant, dix minutes avant le départ, l’eau tombait à verse. Nous avons eu chaud !

Nous sommes finalement 24 équipes de deux ou trois coureurs au départ, pour un total de près de 70 coureurs, le Parc ayant fixé une limite à 75 coureurs maximum. Luc Bousquet résume bien l’esprit qui règne dans ce peloton à taille humaine : « L'AMI – GOUAL… Comme l'indique si bien son nom il s'agissait là d'une aventure entre amis. Cette aventure n'a pas seulement été vécue en binôme ou en trinôme mais avec tout un  groupe de personnes qui étaient là dans un même état d'esprit, celui du ‘Partage’. »

Il me semble que c’est la première fois que je prends un départ aussi lent, et qu’autour de moi tout le monde en fait de même : les premières centaines de mètres sur bitume sont trottinées en peloton groupé, et même lorsque la pente commence à s’élever vers la Puncho, personne ne semble vouloir se détacher.

Côté matériel, étant donné que la Migoual se court pratiquement en autonomie, nous avons décidé, ma comparse Sandrine et moi, de partir un peu chargés. Sandrine a opté pour un sac de trail habituel, de mon côté j’étrenne un Ultrabag Marathon des Sables qui me permet d’emporter pas mal de matériel :
• le roadbook, un GPS de randonnée et une boussole
• l’habituel matériel de soins, une couverture de survie
• des vêtements de rechange
• veste et pantalon de pluie
• de quoi transporter 2,5 litres d’eau
• de la nourriture (barres, fruits secs, gâteaux, pain, fromage et saucisson).

L’organisation a prévu des points d’eau (en fait il y aura même un peu d’eau gazeuse et de Coca) assez régulièrement, même s’il y a une assez longue portion sans rien, ainsi qu’une base-vie où nous passerons deux fois, au km 43 et 88 environ. Chaque équipe a eu le loisir de remettre un sac qui sera acheminé à la base-vie et dans lequel nous pourrons donc piocher à deux reprises. Royal !

Bref, c’est avec une dizaine de kilos que je pars sur cette Migoual, et ça se sent… Avec Sandrine, la tactique est simple : on court tout ce qui est plat ou descendant, on marche tout ce qui monte ne serait-ce qu’un peu, et ce, dès le début. Et en ce début de course, autant dire qu’on marche beaucoup vu qu’on grimpe à la Puncho, cette belle bosse face à Millau qui servira de théâtre au Kilomètre Vertical le lendemain. Petite particularité de ce KV : il se court en deux manches, une le matin, et la seconde l’après-midi, en contre-la-montre, dans l’ordre inverse du classement. Ambiance col du Tour de France garantie !

Comme tout au long du parcours de la Migoual, les sols de ce début d’épreuve sont variés : du technique voire du très technique, du roulant, du bitume. L’environnement aussi varie énormément, des forêts de résineux, de feuillus, de la garrigue, des landes, des prairies… C’est plaisant, les jambes et les yeux ne s’ennuient pas, d’autant plus que régulièrement, de jolies pépites nous sont offertes : village médiévaux, châteaux perchés sur d’improbables promontoires, rochers aux formes sculptées par une nature sous LSD… La région est vraiment chouette !

Arrivés à une dizaine de bornes, nous nous retrouvons quasi seuls. Nous doublons ou nous faisons doubler régulièrement par d’autres équipes au gré des arrêts, mais globalement nous évoluons seuls. C’est sympa, d’autant plus que comme prévu, nous devons trouver notre chemin. Et ça, c’est vraiment ludique : pas de balisage spécifique à l’épreuve, uniquement le balisage du GR. Au départ, nous anticipons et validons nos choix grâce au roadbook fourni par l’organisation, mais très vite nous le rangeons dans le sac pour ne plus jamais le ressortir. Le balisage du GR couplé à notre GPS de rando nous suffisent largement. Durant l’épreuve, nous ferons quelques petites erreurs, mais au maximum d’une trentaine de mètres, avant de nous rendre compte que nous n’étions pas sur la bonne trace. Même la nuit, grâce au GPS de rando, nous trouvons notre chemin sans coup férir, anticipant les croisements pour ne pas perdre de temps. L’Etrex 30 de chez Garmin a tenu toute la durée de l’épreuve sans que nous ayons besoin de changer de piles, en mode navigation sur la trace fournie par l’organisation. C’était juste parfait !

Cette perfection dans la navigation a été globalement partagée par l’ensemble des équipes, même si certaines ont sévèrement « jardiné », ajoutant de nombreux kilomètres à un parcours déjà suffisamment long… Lilian et Seb (équipe 48) ont ainsi « fait le choix de ‘jouer’ le jeu au maximum, de suivre une ‘trace’ à la trace (quitte à pointer sur des panneaux de pointage encore vierge parfois, nous procurant alors un sentiment de doute... et une sensation de seul au monde, très plaisante finalement...), de partir aussi avec un sac bien lourd pour nous, mais nous assurant une quasi autonomie… C'était dur, long, mais tellement génial ! »

Oui car régulièrement, nous devons pointer des feuilles permettant de signaler que nous sommes bien passés à cet endroit, et permettant aussi aux équipes qui nous suivent de voir à quelle heure nous y sommes passés. C’est l’occasion de se faire une idée de la progression des autres, et de voir s’il ne serait pas possible de se regrouper en cas de coup de bambou, par exemple.

Au bout d’une trentaine de bornes, la première partie typée trail derrière nous, mes jambes commencent à tirer. Il faut dire que cette année encore, je n’ai pas un volume d’entraînement très élevé… Je m’inquiète un peu pour la suite du programme, et sens que Sandrine n’est pas non plus super sereine. Pourtant nous continuons à progresser tout en relance, sans vraiment diminuer notre rythme.

Nous atteignons la base-vie (km 43) en un peu moins de 7 heures. A priori, nous sommes la sixième équipe à y parvenir, et la première est à peine à une heure devant : ces très faibles écarts confirment que le peloton est très ramassé, que tout le monde joue la prudence sur ce format inédit. Nous prenons un peu plus d’une demi-heure pour manger des pâtes et de la soupe, recharger les sacs, crémer les pieds, et ajuster quelques éléments pour la nuit qui nous tombera dessus dans la section suivante. Nous repartons gonflés à bloc ! Objectif : le Mont Aigoual, dans environ 22 km.

Ces un peu plus de 20 km sont quasiment uniquement en montée, d’abord sur du roulant, puis pour finir sur des sentes un peu plus techniques. Une portion nous offre quelques « splatch » dans l’eau et la boue, mais globalement tout est plutôt sec quand on pense à ce qu’il est tombé ces derniers jours et pas plus tard que ce matin…

Les derniers kilomètres d’ascension du Mont Aigoual (1565 m) sont tantôt raides, tantôt doux, via la station de ski de Prat Peyrot (km 62). Nous y croisons d’ailleurs la première équipe qui est déjà (ou seulement ?) vers le retour, frontale vissée sur le crâne. La nuit est en effet en train de tomber, et c’est sous l’éclairage artificiel d’éclairs lointains que nous atteignons le point culminant de l’épreuve. Nous y attendent deux bénévoles et quelques petites surprises bienvenues pour le moral, ainsi qu’un vent puissant qui forcira encore dans les prochaines heures. Il nous aura fallu 11 h 23 mn pour parvenir au point de demi-tour de la Migoual (65 km, 2600 m D+).

Le retour s’amorce alors, dans une espèce d’euphorie : nous sommes certes fatigués mais encore en forme, et nous croisons les équipes qui ont quelques minutes de retard sur nous, avec à chaque fois des encouragements réciproques qui font du bien. Nous sommes cette fois bien entrés dans la nuit, et l’air commence à fraîchir. Nous avons enfilé les vestes depuis un moment déjà, le vent était violent au Mont Aigoual…

La sensation de courir à l’envers sur le parcours que nous avons exécuté quelques heures plus tôt est assez étrange : nous savons à peu près quels lieux nous allons devoir traverser, par contre l’ordre n’est pas très clair dans nos têtes. Et puis nous commençons à fatiguer… Vers 23 h 15, nous décidons de nous reposer un peu au prochain village traversé histoire de ne pas avancer en mode « zombie » et de profiter pleinement de la nuit.

C’est donc sur le parking de l’église de Camprieu, abrités par une camionnette, que nous élisons domicile pour une demi-heure de repos. J’enfile mon pantalon de pluie pour ne pas avoir froid, nous mangeons une bricole, et nous allongeons. Je pense que nous bénéficions chacun de 5 à 10 mn de sommeil profond, puis de quelques minutes de demi-sommeil. Pendant ce temps, deux équipes passent sans nous repérer.

C’est ragaillardis que nous nous remettons en route pour la section nous ramenant à la base-vie, soit 11 à 12 km. Je prends beaucoup de plaisir sur un sentier en balcon alternant monotrace et piste, humide, joueur. Nous reprenons les équipes qui nous ont doublés et qui avancent moins vite que nous, ou qui se reposent à leur tour. On sent que tout le monde est fatigué, mais motivé pour aller de l’avant.

Second passage à la base-vie où nous allons nous arrêter cette fois près de 2 heures entre 1 h 35 et 3 h 25 du matin. Dans l’ordre : repas (pâtes et soupe), changement de quelques vêtements, gros dodo, crémage des pieds, et c’est reparti ! La pause a de nouveau fait du bien, et nous progressons à bonne allure sur une longue section globalement descendante (22-23 km). La température est fraîche et j’ai conservé mon pantalon de pluie. C’est un peu dur, mais c’est bien ce que nous sommes venus chercher : « C’était génial, nous avons trouvé ce que nous espérions en nous inscrivant », commentait Guillaume pour l’équipe VUC Sports Nature.

Nous retrouvons les points d’eau de l’aller, notamment celui de « La Bouteille » perdu au milieu des buis, dans une sente étroite. Plus loin, nous rejoignons le village de St-Véran, encaissé au fond d’un cirque, et nous plaignons les pauvres habitants… Les échos d’un son techno résonnent fort dans les parages, rythmant nos pas… Ce bruit plutôt désagréable pour nos chastes oreilles durera une dizaine de kilomètres !

Le jour est désormais bien levé, heureusement, car ma frontale donne des signes de fatigue et je n’ai pas envie d’aller chercher celle de secours dans mon sac, allez savoir pourquoi… Les bosses et les descentes s’enchaînent, et bientôt nous entrons dans les 25 derniers kilomètres, synonymes de retour des sentiers typés trail. Nous y retrouvons Sophie et Fred, en couple dans la vie et sur la Migoual tout comme nous : « C’est une fabuleuse thérapie de couple ! C'est simple avec Sophie nous avons tout adoré, même (après une journée de recul) les 32 derniers kilomètres. Magnifiques paysages, des compagnons de routes sympathiques, des petites attentions magiques en haut du Mont Aigoual et surtout des bénévoles aux petits soins pour les ‘déboussolés’ que nous étions. »

Notre allure baisse sensiblement, nous n’avons plus la même agilité que lors de notre passage en sens inverse, hier. Cependant, nous courons toujours dès que possible. Nous doublons ainsi régulièrement des équipes, même si nous avons aussi le droit à deux reprises d’être dépassés.

Encore une petite sieste d’une dizaine de minutes allongés au soleil – un peloton cycliste qui passe sur la route à vingt mètres de nous aura d’ailleurs un commentaire désobligeant – et c’est parti pour les dix derniers kilomètres. Nous avons tous deux envie d’en finir, mais des douleurs – ampoules, tensions musculaires, tensions articulaires – sont bien présentes et nous empêchent de dérouler aussi vite que nous le souhaiterions. Alors nous alternons marche et course, la relance, toujours la relance, et nous nous retrouvons enfin au sommet de la Puncho. Il ne reste plus qu’à descendre…

Une formalité ? Pas vraiment : il nous faudra 45 mn pour descendre les 4 km et 440 m de dénivelé de cette dernière bosse… Et c’est sous un soleil radieux, après 26 h 20 mn de marche, de course et de siestes, que nous rallions, heureux comme des papes, Millau et la ligne d’arrivée. Nous sommes la quatrième équipe à rentrer au bercail, et 17 autres suivront dans les heures qui viennent, des équipes toutes heureuses d’avoir vécu cette aventure à nulle autre pareille dans le monde du trail. Un consensus qu’exprime David : « Pas de prise de tête, la compétition à dose homéopathique, des moments de rencontre et de partage. »

À l’année prochaine ?

• Photos : Akunamatata et Sandrine Bec


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