Article / absolu - le, 13/06

Un an d’ultra ou la plongée dans un autre monde

Rétro – Ultra-trail | La saison 2017-2018 de Philippe Richet

Un an, du 8 avril 2017 au 8 avril 2018, et des centaines de kilomètres parcourus dans les conditions les plus extrêmes (de -43 à +35 degrés, du Pôle Nord à la Corée du Nord) pour Philippe Richet : de la folie ? Peut-être, mais avant tout le désir de « rendre possible l’impossible » et de partager de nouvelles expériences.

Il y a des choses qui peuvent devenir folle quand on côtoie l’ultra ! L’ultra, c’est quoi une folie pour les autres et un jeu pour moi ? Je ne sais pas ce qui me traverse l’esprit à un moment donné et ma planification est instinctive ! Je ne sais pas où je serai en septembre... tout comme je ne savais pas mes destinations sur un an ! Bienvenue dans mon monde !

 

ET DE UN : MARATHON DU PÔLE NORD

 

J’attaque 2017 sur les chapeaux de roue : j’ai réussi à boucler mon financement pour le Marathon du Pôle Nord, j’ai été pris à l’UTMB, et aussi au Tor des Géants ! Bon cette année il n’y a qu’une semaine entre les deux…

 

Le 8 avril 2017, je participe donc  au Marathon du Pôle Nord. C’est un défi personnel, le froid est mon ennemi, contrairement aux déserts chauds ! Pourquoi se mettre en difficulté ? J’ai décidé, il y a quelques années, que je voulais rendre possible l’impossible : tout est mental, on se fixe des barrières psychologiques ou d’autres s’en chargent. J’ai essayé déjà de comprendre la course, l’idée est quand même de trouver du plaisir, ce n’est pas gagné.

 

Ces courses sont extrêmement chères, donc pour arriver à financer je suis toujours à la limite, pour se préparer physiquement et garder sa motivation ce n’est pas facile. Heureusement, j’ai beaucoup de personnes qui m’aident. Pour ma tenue, j’avais pensé à une combi, pour affronter les -40 degrés, il faut éviter que le froid ne pénètre, car en courant je vais fabriquer de la chaleur, donc la combinaison moulante me parait une bonne idée et un coupe-vent haut et bas pour lutter contre le vent. Direction Annecy pour en discuter avec mon ami Serge Chapuis, le boss du slab Salomon sur les parties bagageries plus d’autres concepts. Ils s’occupent entre autres de Kilian Jornet, François d’Haene… et c’est une grande fierté pour moi ! Je lui parle de mon idée, et là on voit le pro, il pense aussitôt à une combi en céramique, il prend les mesures et hop c’est parti. En suivant, on va voir l’ingénieur shoes Patrick Leick, je lui parle de mon projet, un running dans une couverture de néoprène, avec des picots pour la glace. Le souci : ma pointure 46 2/3 pas dans les standards mais… par miracle j’ai eu !

 

Travaillant dans un Intersport situé dans une galerie marchande, avec mes collègues, on a trafiqué un vélo elliptique pour pouvoir rentrer dans un frigo à -23 degrés. Les essais ont été intéressant à tous les niveaux, déjà soigner ma claustrophobie, je passais tout juste… et la lumière s’éteint quand on ferme la porte donc une frontale Petzl était nécessaire. Le froid  saisit vite le cœur si on ne se met pas vite en mouvement, une fois le rythme trouvé c’était super, le seul hic le masque pour protéger les yeux, plein de buée… Je me suis dit que j’étais dans un univers clos et que là-bas, pas ce souci.

 

La confiance s’installe, mais il y a toujours tellement de paramètres qu’il faut surtout rester lucide, la moindre erreur peut coûter cher.

 

Ce genre d’épreuve est toujours un moment de rencontres avec des personnes qui ont la même passion que vous. On échange astuces, les courses que l’on peut encore découvrir, oui,  il faut toujours se projeter ! Je fais toujours un diagnostic positif, ce n’est que 42 km, tu as le meilleur matériel, tu as l’expérience, c’est un froid sec…

 

Comme souvent, j’ai beau étudier un maximum de choses, rien ne se passe comme prévu. On devait faire 6 tours de 7 km, mais à cause des ours le périmètre de sécurité a été réduit : 13 tours ! L’horreur, un hamster au pôle nord… Pour finir je tombe sur l’année ou il y a beaucoup de monde donc deux vols, tu arrives à 20 h, tu apprends que le départ est à 22 h, tu viens de passer 3 h dans l’avion, les jambes bof bof… S’adapter coûte que coûte et rapidement.

Là le danger c’est le froid et je ne maitrise pas ! Ça sera l’édition la plus froide -43 degrés, encore de la difficulté, la moyenne était à -30… Je n’avais pas prévu que la nuit ne serait pas de la partie… Beaucoup ont du taping sous les yeux… bizarre. Il est temps de s’élancer, je me retrouve en tête sur le premier kilomètre, forcément  c’est la piste d’atterrissage, le sol est gelé et bien tassé, le choix de mes chaussures est top ! La joie est de courte durée, premier virage, je m’enfonce dans 30 cm d’une neige glacée, mon poids traverse l’épaisseur fine de la glace en fait, du coup une chute le nez dans la neige. Là, je vois me doubler 3 voltigeurs, impressionnant, ils ne courent pas : ils rebondissent (le vainqueur,  le Polonais, avait fait  un entrainement spécifique, et il avait observé comment couraient les caribous et les autres Népalais, Russes, Norvégiens maitrisent la course sur neige !).

 

Je me relève et j’essaie de courir, c’est compliqué, fatigant, mon cardio s’affole, le froid est inexistant du coup ! Je trouve un petit rythme, on n’est pas au 2e km, là, petit souci technique, mon masque de ski est en train de givrer, j’ai beau frotter ave mes moufles, rien à faire… Obligé de relever le masque et là c’est beau ciel bleu, un blanc qui brille avec le soleil, le froid commence à bruler ma peau, je comprends maintenant pourquoi les premiers avaient un taping sous les yeux ! Ça pique ça brûle, des larmes se forme sous mes yeux, elles gèlent en très peu de temps, j’ai un œil fermé, j’ai peur que l’autre fasse pareil, je frotte avec mes moufles, impossible, arrive le principe du dommage collatéral…

 

J’enlève mon gant, il me reste un sous gant. Je réussis à tout enlever mais… mes doigts ont gelé ! Je remets vite mes moufles, j’essaie de faire de grands mouvements, rien n’y fait… Heureusement je boucle le 1er tour et je fonce dans la zone ravito ou il fait une chaleur incroyable, j’ouvre mon coupe-vent car je commence à transpirer, je retrouve mes doigts rapidement et je change de masque, en appréhendant un peu. Je n’avais pas prévu trop d’arrêt au stand mais je dois m’arrêter à tous les tours, je ne suis pas sorti de l’auberge, mon moral en prend un coup mais je retrouve le tarmac donc ma foulée retrouve un peu de plaisir. Je vais tenir 3 tours et mon cerveau a absorbé tous les problèmes, ils devenaient les mêmes au fil des tours, je savais précisément ou j’allais souffrir…

Le chemin se détériore, 70 coureurs qui tournent sur le même parcours, ça laboure même au Pôle Nord ! Je finis à la 7e place en 5h43… Le premier fini en 4h06 et il a un record personnel à 2h17. Content d’avoir fini encore une fois, j’ai puisé mentalement, le froid peut très vite nous mettre en danger, il faut rester lucide et prendre des décisions très rapidement. Le soleil ne se couchant pas, mon corps va être chamboulé, je n’ai pas sommeil, je n’ai pas faim, ni soif, je perds les notions essentielles de la vie et je réfléchis finalement à ce conditionnement quotidien ! Nous sommes conditionnés dès l’enfance à beaucoup de choses, la peur notamment… Cette expérience va beaucoup me fatiguer mais je reviens avec une nouvelle connaissance sur mon corps et mon esprit, c’est surtout une victoire sur ma crainte du froid !

 

ET DE DEUX : ZEGAMA

 

Aussitôt revenu, aussitôt reparti : trois épreuves pas prévues se profilent, en mai Zégama et en juin le Redbull 400 et le 80 km du Mont-Blanc… zéro entrainement montagne mais je me dis que ça sera un bon entrainement pour la suite de la saison…

Zégama c’est 42 km et 3000 m de d+ mais on y va pour l’ambiance, c’est la course de l’année au Pays Basque et c’est aussi une étape de la coupe du monde de Skyrunning, donc il y a un max de coureurs élites ! J’y vais pour le fun et je mets une tenue locale, un haut rouge, un short vert et un béret ! Et là, je deviens le chouchou du public !

 

On part sur des bases trop rapide pour moi, les kilomètres défilent, heureusement la foule vous porte, ils crient : aupa aupa, animo… txapeldun (avec mon béret )… Pour vous donner une  idée c’est une étape du Tour de France dans un col, la pente est raide, très étroite et devant vous avez un mur humain, qui de dérobe au dernier moment ! C’est un instant fantastique et magique, c’est ultra fort ! Je finis cuit de chez cuit…

 

ET DE TROIS : REDBULL 400

 

Début juin, j’ai beaucoup de travail, fête des pères, préparation des soldes, les achats pour l’été… bref super speed ! Comme j’adore les challenges sous toutes les formes, ça peut être dément style faire un Ironman avec une préparation de 2 mois sans nager le crawl ni faire de vélo ou s’aventurer sur une course qui ne fait que 400 m ! Il faut s’amuser et varier les plaisirs et c’est toujours l’occasion de rencontrer des gens sympas ! Pour la première fois en France, un Redbull 400, à Courchevel, j’étais obligé d’aller voir quelles sensations on a pour faire le 400 m le plus dur au monde… Traverser la France pour 5 ou 10 mn !

Pour une fois, je pars en famille, un petit week-end tranquille, j’y vais pour le fun ! Courchevel en juin, c’est triste à mourir, tout est fermé, ah génial… Pour le fun, j’avais enfilé la tenue à pois rouge de meilleur grimpeur ! Il y a 14 séries et les 2 premiers sont qualifiés pour la finale, l’idée est de grimper et de ramener une nouvelle médaille. Le niveau est assez relevé, Thibaud Baronian, Michel Lanne, tous les jeunots du team Salomon, je comprends mieux en voyant Jean-Michel Faure Vincent, le boss du team Salomon, c’est lui qui est aux manettes de l’épreuve. J’aperçois Cécile Bertin que je peux enfin découvrir, toujours de bons conseils pour moi, elle fait souvent les grosses épreuves en éclaireur et me raconte toutes les subtilités des courses.

 

Je me trouve dans la série de Nathan Jovet et Gédéon Pochat. Ça part à fond la caisse, sur les 40, je pense que je suis dans les derniers, je ne m’affole pas, il faut remonter un tremplin de saut à ski, on attaque l’inclinaison la plus dure, j’ai les jambes mais pas la technique, dessous il y a une bâche synthétique et je glisse, du coup, je m’accroche à la corde, je limite la casse, j’arrive à doubler et me classer 14e. En tout cas finisher. J’ai vu un petit jeune impressionnant Alvin Lair, j’ai sympathisé avec lui, 18 ans, il va être bon ce petit ! Finalement je suis qualifié aux temps pour les ½ finales. Celle-ci a lieu à 16h30, sauf que nous avions prévu de faire une randonnée. On commence notre rando et là, j’ai droit à  des «  on est venu exprès pour ta course et tu ne vas pas au bout… », donc vous imaginez la suite, on a fini notre balade, on a foncé de nouveau vers le tremplin, le temps de m’habiller cette fois avec mon béret landais que c’était le départ de ma série de ½ finale. Connaissant la difficulté, j’ai changé de chaussures aussi.

 

Le départ est donné toujours aussi rapide et surtout je me retrouve avec des personnes avec mon chrono, je suis en milieu de peloton après la zone critique et là, j’ai la force de me relever, le coup de rein nécessaire, j’arrive à trottiner, je vois les autres scotchés à 150 m du final, je donne tout, 5e, 4e, 3e, il faut de nouveau escalader mais j’ai la gniaque 2e, je suis à 2 m de la première place, je vais l’avaler, je tente de me lever, mon pied glisse sur le petit morceau de bois, je perds juste le rythme, le premier tourne la tête et me voit à 50 cm de lui, il met juste la petite accélération pour gagner mais d’un cheveu. Mon cœur explose, l’effort a été intense mais c’était génial… pour rien ! En effet, vu que je suis arrivé tardivement, ce n’était pas les 2 premiers de qualifiés mais au temps de toutes les ½ finale… pas de déception au contraire, c’était bon de se défoncer sous les yeux de sa famille ! Quelle expérience, un peu plus de 5 mn de folie.

 

ET DE QUATRE : LES 80 KM DU MONT-BLANC

 

Deux semaines passent et il est temps de sortir de nouveau la panoplie du trailer pour le mythique Marathon du Mont-Blanc ( la version longue !).

Donc, j’arrive à Chamonix avec Zegama et le Redbull 400 pour entraînement ! En fait j’ai profité d’un rdv pro à Annecy chez Salomon pour faire la course. Visite au labo slab, j’en profite pour remercier Serge, il a des cadeaux pour moi, une dédicace de Kilian personnalisée (il venait de grimper deux fois l’Everest), ma ceinture porte dossard, porte bâtons que j’avais imaginée en décembre, une paire de manchons ultra fin en céramique, waouh il est génial ce gars ! Celui qui est aussi magnifique c’est mon Pat, le commercial Salomon qui va m’amener à Chamonix, on discute avec Kilian, on dort dans la voiture jusqu’à 3h du matin, je me lève, je m’habille et mon Pat repart dormir à son hôtel à Annecy, si c’est pas de l’amitié ça !

 

80 km et 6500 m de d+ (en fait il y en a 90…) de la souffrance dès le 15e km, pas de jambes, pas de force, pas de motivation, j’adore courir et marcher c’est pas ma tasse de thé… pourtant je vais marcher et marcher. Je n’ai aucune sensation, je n’ai jamais abandonné une course, toujours finisher, j’ai souffert dans beaucoup mais là pour la première fois, aucun plaisir, je subis et là, le manque d’entraînement et de préparation vous revient en pleine figure. Pour la première fois je me dis j’arrête ces conneries, c’est la dernière. Il fait chaud, j’adore ça mais je commence à uriner du sang, je connais ça, via l’Australie et The Track, je sais que je dois boire beaucoup. La nuit tombe, le moral est en bas des chaussettes, mon Pat m’attend depuis longtemps, la descente vers Cham est interminable, je vois la ligne d’arrivée, je pense au final de mon UTMB de 2014, il est 1h du mat, je suis épuisé, énervé, mon Pat est là, je m’assois 2 mn et hop faut que je parte, direction Annecy en suivant ! Le retour est difficile, dans ma tête je me pose mille questions, t’as encore fini, encore un holdup sur une épreuve costaud, mon corps est en lambeau, mon mental aussi, il a fallu encore chercher des forces incroyables et c’est encore passé !

 

ET DE CINQ : MARATHON DES LANDES A MONT DE MARSAN

 

Maintenant, faut que je m’entraine j’ai un UTMB et un Tor à négocier… sauf qu’entre les congés et les arrêts maladies de collaborateurs, je ne peux pas partir… l’UTMB c’était l’année avec Kilian, François, Jim… je l’avais déjà fait et vu les conditions atmosphériques, pas grave ! J’ai encore un espoir avec le Tor… Mais prolongation des arrêts maladies ! Ce sera pour une autre fois… Et là je découvre par hasard l’Everest Trail Race, waouh, 6 jours 160 km, 30000 m de dénivelé cumulé début novembre… je fonce, une épreuve géniale !

 

Je m’entraîne dur ! Pour toujours combiner avec le coté fun, nous sommes partenaire du premier Marathon des Landes à Mont de Marsan  et pour fêter l’évènement, le défi est de le faire deux fois ! L’objectif est de partir à 5h du matin et être encadré par une vingtaine de cyclistes pour ouvrir le marathon et d’arriver pour le départ à 9 h et repartir ensuite avec la team Intersport pour faire une 2e partie festive. Encore une fois, il y a eu des péripéties et beaucoup de rigolades. Des cyclistes ont abandonné soit à cause du froid, des crevaisons ou d’attaques de chien qui les ont fait tomber ! Il y avait un bus balais, il était plein ! Comme j’avançais bien, on a même fait un petit déjeuner improvisé à 12 km de l’arrivée. Un premier marathon extraordinaire, des gens se sont levés pour me faire plaisir et surtout rouler doucement, vraiment j’étais très touché. Lorsque nous sommes rentrés dans Mont de Marsan, les gens étaient dehors pour m’encourager et ensuite bien sûr les autres concurrents. Aussitot arrivé, aussitôt parti, les 2 marathons bouclés juste en moins de 8 heures, une journée fantastique dans l’émotion encore et encore.

 

ET DE SIX : EVEREST TRAIL RACE

 

Une bonne préparation pour l’Everest Trail Race et là, direction Katmandou ! 6 jours avec Luis Alberto, Jordi Gamito, Sondre Amdhal, Elisabet Barnes, Ester Alves… sur le toit du monde ! Et là, je découvre l’altitude. J’habite dans les Landes, niveau de la mer !

L’ambiance est phénoménale, je suis très bon dans les montées, nul dans les descentes, j’arrive à suivre Elisabet Barnes, et même Ester Alves sur la dernière étape, 15e au général ! Une course magnifique, on tutoie l’Everest, c’est dur, les nuits glaciales et même le double champion du monde en titre ne gagne pas, il laisse la victoire à un jeune Népalais, idem pour les femmes. Je reviens euphorique pour attaquer le pic de mon activité professionnelle Noël et en janvier les soldes. D’ordinaire, je coupe ! Mon inscription à la Barkley a échoué et la course au Pérou en juin est complète ! L’année de mes 50 ans et rien sur le premier semestre !

 

ET DE SEPT : THE COSTAL CHALLENGE

 

L’altitude m’a donné un boost incroyable, je retrouve ma vitesse sans la travailler depuis des années, j’ai l’impression de voler ! Janvier pas de course, le manque d’adrénaline se fait sentir, début février, il y a The Costal Challenge au Costa Rica, dans la jungle, 6 jours 240 km 10000 m de d+… Je fais 530 km à l’entraînement d’affilé, sur du plat, vu le teaser, ça galope ! Et là, la blessure au genou, je stoppe, ostéo et départ pour le Costa Rica… Sauf qu’il neige, mon vol est annulé la veille, je pars plus tôt, j’arrive à Paris, j’ai un passage par Panama City, 3 h d’attente…sauf qu’à Paris, la neige bloque tout, on part avec 3h de retard ! Impossible de dormir, niveau de stress au maximum, je regarde toutes les heures le plan de vol, on gagne 5 mn, on les perd… on va gagner 10 mn, les hôtesses me font passer devant j’ai un sac cabine, je sais exactement où je dois aller, j’ai un sprint de 400 m à faire, je sors de l’avion et j’arrive pile poil dans l’autre avion ! J’arrive à San José à 1h du matin, le temps d’arriver à l’hôtel il est tard… à 5h30 il fait jour. Pas dormi.

 

Le ptit déj est un enchantement : Ester et son mari, Mickael Wardian, Tom Evans, Hayden Hawk, Timothy Olson, Ragna Desbats, Marcus Scotney, Benoit Laval, un truc de fou ! Que des stars ! Briefing en fin d’après-midi, faut se lever à 3h du mat pour 4 ou 5 h de bus ! Pas prêt de récupérer du voyage…

 

On démarre à 10 h. Il fait plus de 35 degrés, une humidité horrible, je sors de la neige et du froid ! Le choc thermique ! On démarre, pas de jus, pas de jambes et c’est l’étape la plus facile ! Je tombe durement, mon genou est en sang mes mains aussi… Je finis dans le dur et je m’inquiète vraiment !

Je vais connaitre l’enfer et la jungle ! Des passages de 8 km dans l’eau, de la boue, des montées de cascades, des chutes et des chutes à gogo ! Des kilomètres de plages qui vous cassent les jambes… là aussi l’ambiance est au top, heureusement.

 

Il y a beaucoup d’abandons, de blessures, j’ai souffert tous les jours, je finis 15e au général mais même si c’est la course, ce n’est pas ma place, je suis à ce niveau car les autres ont abandonné ! Je reste sur mon Everest ou là, j’ai vraiment été au top… Mes pieds sont morts, plein d’ampoules avec les passages dans l’eau, encore une fois j’ai puisé, mon cerveau est vide, mon corps séché, j’ai la fatigue qui me plombe, un zombie ! Mon entraînement était mauvais, je me rends compte que j’ai accumulé aussi mais c’est encore passé !

 

J’arrive à trouver les mots pour me faire avancer, je ne sais pas où je vais pour trouver cette petite lumière qui me permet de survivre… c’est l’ultra un univers ou le cerveau est le patron, la dureté viendra en fait du moment où le mental est obligé d’intervenir, quand c’est au bout de 17 km, vous connaissez des passages d’une extrême violence  tant physique que mentale… faut pas s’aimer ? Mais le fait de finir, d’être passé dans tellement de ténèbres que la lumière d’une ligne d’arrivée efface les traumatismes endurés. Et dans ces courses, on reprend gout à l’humanité, champion ou pas, on souffre tous, on devient amis pour la vie, on se congratule tous les jours, on s’encourage et ça c’est plus fort que tout ! Ces émotions n’ont pas de prix.

 

ET DE HUIT : MARATHON DE PYONGYANG

 

De nouveau un retour express, je suis au bout du rouleau cette fois ci, crève, amaigri, j’ai laissé des plumes, j’ai subi et ça m’a contrarié… bref faut que je me refasse ! Vous voyez le niveau de l’addiction. Début mars, un jeune collaborateur me montre une pub pour un marathon… en Corée du Nord… et là je dis banco !

 

Un  pays mystérieux, qui fout l’ultra frousse, seul le sport permet pratiquement de rentrer dans des pays comme ça. Le marathon sera un prétexte pour voir de mes propres yeux comment ça se passe réellement, l’enjeu n’est pas sportif mais culturel. L’ultra c’est aussi ça, vaincre ou se dépasser pas forcément par le sport, c’est tenter des choses un peu folles. Evidemment là, pas beaucoup de personnes qui m’encouragent à aller à Pyongyang… C’est dans ma tête, c’est compliqué de me dissuader ensuite. C’est un parcours du combattant, il me faut un visa, aller à Pékin pour tout récupérer, surtout les billets d’avion pour Pyongyang, trouver l’immeuble… Je reçois in extremis un dossier de 20 pages où il est spécifié ne pas amener en Corée du nord… J’ai un scan de mon visa mais que l’intérieur, un papier qui ressemble à un billet électronique ! Pour rentrer en Chine, à Pékin, il faut soit un visa mais vu que je ne faisais qu’y dormir une nuit, c’était trop onéreux, donc j’ai opté pour le programme 72h, on montre les billets aller-retour (entrée et sortie de la Chine), et le visa pour le pays. Nous étions en pleine grève, mon Bordeaux Paris avec Air France est passé, par contre je n’arrivais pas à m’enregistrer sur internet sur Air China.

 

Je fais la queue, j’arrive pour enregistrer, et puis la personne du comptoir me dit que je n’ai pas de visa pour Pékin, je lui explique et lui montre les documents nécessaires. Là, la personne a un problème, mon visa on dirait un faux et quand il tape le vol Pékin Pyongyang, ça n’existe pas, vu que l’entrée dans ce pays est compliquée, il n’y a pas d’accord entre les opérateurs. Il appelle son chef qui m’amène directement à la responsable chinoise d’Air China… c’est un non catégorique ! Je vais être expulsé en Chine, ça coûte cher le rapatriement, elle ne veut pas prendre de risques. J’étais cool, là, je commence à être moins diplomate. Je sors les mails, les conversations, tout ce que j’avais amené, heureusement que je suis organisé ! Elle écoute, elle prend des photos et les envoie à l’ambassade de Chine. Elle me fait assoir, au bout de 20 mn, elle me donne son feu vert…

 

L’arrivée à Pékin est moins traumatisante, je passe la durée des contrôles. Je trouve un taxi et là, j’explique le chemin incroyable à faire. Dans mon dossier, on me dit que les taxis ne peuvent pas pénétrer, je dois me rendre à un marché que j’ai en photo. Ensuite, j’ai une photo sur la gauche (150 m tout droit), puis une photo de boutique… bref jusqu’à l’immeuble ou un briefing de 2 h m’attend… La personne de l’organisation nous explique ce que l’on peut faire et surtout ne pas faire ! Ce qui peut paraitre normal, là-bas c’est interdit  et les punitions disproportionnées. Là, mentalement faut se mettre en mode je me tais, je suis discipliné et surtout je me tais !

 

On décolle le lendemain, un petit film de propagande et 3 feuillets à remplir. Le premier est médical, le deuxième complète le visa, on signe une charte comme quoi on n’est pas journaliste, les devises exactes que l’on a sur nous et enfin pour le passage à la douane, déclarer les produits que l’on a (téléphone Go Pro autorisés mais faut les déclarer)  ceux interdit faut mettre oui ou non (ma montre GPS c’était interdit, j’ai tenté en disant non…).Une fois sur le sol coréen, le stress monte, les militaires avec leur grosses casquettes sont partout et nous dévisagent. Le premier palier dure 10 secondes, on laisse la feuille médicale, le deuxième, le passeport dure 2 minutes, on arrive aux bagages… et là  Marcus, l’Australien de l’organisation, m’explique que je peux avancer, j’étais seul, avec deux guides, une qui parle français et l’autre anglais, que j’avais une visite vip.

 

Je en comprends pas trop, je suis un peu déstabilisé, je pose ma valise dans le sas à rayon x, je passe le portique sans rien enlever, évidemment ça sonne de partout ! Et je me lâche d’énervement avec un oh m…. ! Comme j’étais le premier ça fait rire mes douaniers, je montre mon téléphone, mes clefs, mon portefeuille mais ils me disent c’est bon. Du coup mon GPS est passé incognito. J’arrive dans le hall et là je tombe sur mes deux guides. L’accueil est timide… La femme s’appelle Kim et l’homme sera l’homme en noir… On sort et là mon véhicule est une audio Q7 noire vitres teintées. Le symbole du capitalisme dans un pays communiste ! J’ai aussi un chauffeur… aussitôt assis, on me demande mon passeport et visa, confisqué pour vérification, je proteste mais c’est la procédure. On me demande mon programme de visite, je me demande où je suis tombé si mes guides ne sont pas au courant. Je ne suis pas inquiet mais intrigué, je ne pige pas. Puis on démarre et là la question qui va revenir au moins 20 fois : «  journaliste ou grand champion de marathon ? » j’ai beau dire que je suis chef de secteur  dans un Intersport, ils ne m’écoutent pas .On visite la Junche Tower, 170 m de haut… sans l’homme en noir, toujours au téléphone. Il décide de me faire découvrir le parcours du marathon  en voiture. J’insiste pour leur dire que je préfère voir les grandes statues, donc on va faire le parcours du marathon, qui n’est pas très intéressant. 17h, on va manger ? Comme je n’ai pas le choix, on va manger, dans un restaurant dans lequel nous sommes trois, le chauffeur garde la voiture. J’ai encore droit à « journaliste ou grand champion de marathon ? » Je sors mon téléphone et montre des photos du magasin dans lequel je travaille et des photos de mes aventures à travers le monde. L’homme en noir parle un peu. Direction l’hôtel, il faut dormir car demain il faut se lever tôt pour la cérémonie du marathon. L’hôtel est une forteresse de 47 étages, on ne peut y accéder que par un pont, c’est presque une île. Il me demande si le matin du marathon, je m’échauffe et que je n’ai que 100 m d’autorisé après c’est interdit. Il faut manger à 6h et là enfin, je revois d’autres coureurs, ils ont acheté des survêtements avec DRPK dans le dos, eux ont pu faire des emplettes. Je trouve deux français Eyrland et Pierre Olivier Prouheze, un restaurateur montpelliérain. Il me demande, c’est toi dans l’Audi ? T’es qui toi ? Ils partent ensuite en bus, j’attends seul dans le hall pendant 30 mn.

 

Mon escorte arrive et on déambule dans la ville, des milliers de personnes foncent vers le stade ! C’est dingue ! On se gare devant le bus. Il fait -1 degré. Je peux attendre dans la voiture… royal ! Les autres sont dehors… Un appel, il faut y aller, ma guide me suit de près. Les officiels tentent de nous mettre  de manière exemplaire pour défiler. C’est impossible. On nous place aux abords du stade et là c’est la 4e dimension, 50000 personnes qui hurlent, qui applaudissent, qui font la ola ! Incroyable, je suis venu pour voir un truc surréaliste, je l’ai ! C’est beaucoup d’émotions et de sensations fortes. Et là un journaliste suédois de TV4 passe avec son caméraman et me demande si je ne suis pas un ami d’Elisabet Barnes, leur championne du Marathon des Sables, je réponds oui et il me demande si je peux répondre à ces questions. Ça dure 10 mn, la guide ne comprend pas l’anglais et arrête l’interview et me demande ce que je lui ai raconté si longtemps. Je synthétise en 30s mais elle me dit tu as parlé plus longtemps que ça…

 

 On entame un tour de piste, on est aux jeux olympiques, c’est un moment magique pour un athlète, une foule en délire (forcée sûrement ! ), en tout cas c’est grandiose. Le départ du marathon s’effectue, c’est anecdotique, ce n’était pas le but, je finis 15e amateur, décidément c’est un mon chiffre… L’homme en noir s’ouvre enfin, me demande si je veux boire des bières, évidemment mon gars ! On va aller voir les grandes statues. On a bu, on a discuté, parlé politique. Je n’ai pas trop compris pourquoi j’ai cette visite si bien  encadrée, en regardant mon Facebook, je passe souvent dans les magazines donc ils avaient un doute et ils n’ont pas voulu me laisser seul dans la nature. Le lendemain, ils m’ont suivi jusqu’à l’enregistrement ! Le job jusqu’au bout…

 

ET MAINTENANT…

 

Voilà un an d’ultra, d’aventures incroyables, beaucoup de choses improvisées, de la difficulté, beaucoup d’échanges et de partages, de l’amitié, des voyages formidables, des épreuves dantesques… Je sais où je vais en août, mais après voyage dans l’inconnu, mais soyez en sûr, l’aventure continue !

 


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