Article / absolu - le, 21/12/2016

« Il faut être un amoureux de la montagne pour faire ce genre de folies » - Éric Bonnotte

Compte-rendu – Ultra-trail | La Montagn’hard 2009 d’Éric Bonnotte

À l’heure de préparer son calendrier d’épreuves 2017, retour sur la Montagn’hard, née en 2009, avec Éric Bonnotte qui répondait à nos questions pour le n°62 d’Ultrafondus Magazine, dénommé « Altitude » (août 2009).

Éric, en quoi la Montagn’hard apporte quelque chose de nouveau au paysage du trail ?

Réponse sans hésiter : le format. 115 km pour 10 000 m de D+, on est dans une toute autre dimension que ce que les ultra-trails proposent. On sent qu’ici, il n’y aura pas de points de repos, pas de zones roulantes et l’effort devra être continu tant en montée qu’en descente.
Puis l’idée d’intégrer deux challenges, celui du meilleur grimpeur et du meilleur descendeur est excellente. On sent que cette idée se démocratise (voir le dernier mag avec les trails typés « enduro ») et que les organisateurs cherchent à donner peut-être une « nouvelle jeunesse » à cette discipline.

Considères-tu la Montagn'hard comme la plus dure course que tu aies courue ?

Je ne pense pas. La difficulté d’une épreuve tient finalement à deux choses :
1.    La difficulté « vraie » du terrain (distance et dénivelé)  et la météo rencontrée ;
2.    L’état de forme physique et psychologique dans lesquels tu abordes la compétition.
Au jour d’aujourd’hui, je dirais que l’épreuve la plus difficile que j’ai courue est le Grand Raid de La Réunion (GRR), d’une part par la technicité du terrain mais aussi par l’éloignement géographique. Tu te tapes plusieurs heures d’avion avant d’enfiler les baskets et il faut prévoir un long temps d’acclimatation pour ne pas en subir les conséquences pendant la course.
D’un autre côté, je ne dirais pas que la Montagn’hard a été une course facile, loin de là. J’étais particulièrement bien préparé, j’avais repéré le parcours à deux reprises, et c’était mon objectif annuel. À partir de là, lorsque réellement tu te donnes les moyens, tout devient plus facile !

Et est-ce la plus belle ?

Disons l’une des plus belles. L’UTMB 2006 aura toujours une place de choix dans mes mémoires, tout comme la Fortiche de Maurienne ou le GRR 2002.
C’est sûr que la Montagn’hard 2009 restera dans mon cœur comme une des plus belles d’une part par le résultat que j’y réalise mais aussi pour le dépassement psychologique qu’elle m’a imposé, notamment dans l’ascension du Mont-Joly puis plus tard au refuge de La Balme, à chaque fois sous l’orage. Ça m’a laissé des traces !

Sportivement, est-ce qu'elle t'a donné du fil à retordre, as-tu pu t'y exprimer ?

Bien sûr que j’ai tordu du fil sur cette course  Des kilomètres de fil, même !
Pour être sérieux, le profil convient parfaitement à mon profil de coureur : plutôt moyen en montée mais très fort en descente. Qui dit 10 000 m de D+ dit aussi 10 000 m de D- et je pense avoir fait une grosse différence sur ce dénivelé négatif.
Très peu de portions roulantes : ça me convient parfaitement. Je suis souvent à la peine lorsque le terrain devient roulant, sur les longs faux-plats ou sur les chemins 4x4 en légères montées. Je pense par exemple à la longue portion pour rejoindre La Fouly sur l’UTMB ou encore pour aller au pied de l’ascension sur Champex. 
Là, à Saint-Nicolas,  pas de questions à se poser : soit il fallait monter, soit il fallait descendre. Un vrai bonheur pour moi !

Quelles difficultés techniques y as-tu rencontré ?

D’un point de vue technique absolument aucune difficulté. Je savais que le passage sur la crête, avant l’aiguille Croche, était un poil tendancieux mais finalement, cette portion a été retirée par l’organisateur à cause des orages. Ça a été une sage décision, très professionnelle pour une première organisation. On ne peut que féliciter Olivier d’avoir fait ce choix !
Pour ma part, je serais passé de jour à cet endroit donc cela ne m’inquiétait pas particulièrement. Nous aurions été 5 ou 6 coureurs dans cette situation ce qui signifiait que tous les autres passeraient de nuit, avec les dangers que cela impliquait.

Sinon, à aucun endroit je ne me suis senti en danger.

Le parcours était plutôt facile ; Rien à voir par exemple avec la Fortiche de Maurienne où là, certaines portions étaient classées « à risque » (col des Randouillards et sa descente, montée au Malamot).

Au vu du dénivelé, est-ce que cette épreuve te semble plus adaptée à des randonneurs qu'à des coureurs ?

Il est clair qu’un gros randonneur peut s’attaquer à cette épreuve. Maintenant, j’en connais très peu qui oseraient le faire, ne serait-ce qu’en voyant les barrières horaires, assez sèches.

Penses-tu qu'il faut être montagnard pour participer à certains trails, comme la Montagn'hard ?

C’est une évidence : on ne participe pas à une telle course sans expérience de la montagne. Il faut être un amoureux de la montagne pour faire ce genre de folies.

As-tu vu des coureurs qui te semblaient un peu légers en terme d'expérience sur des courses en montagne, en particulier la Montagn'hard ?

Tout d’abord sur la Montagn’hard : non, je n’ai pas vu de coureurs particulièrement mal équipé. C’est tout le contraire en ce qui concerne cette épreuve. Je me suis justement fait la réflexion que le niveau  d’équipement et me semble-t-il de préparation était au-delà de la norme habituelle. J’attribue cela au fait que la couleur était annoncée dès le départ : on savait que l’on partait sur quelque chose de très difficile. Les conditions climatiques étaient parfaitement connues : beau temps puis orages sévères puis à nouveau beau temps. Je n’ai vu personne prendre cette course à la légère.

Sur d’autres épreuves, je citerais l’UTMB 2003, comme toujours. Les organisateurs s’étaient fait un peu déborder pour le contrôle des sacs. Beaucoup de coureurs sont donc rentrés dans le sas de départ sans le matériel obligatoire alors que la météo était annoncée très mauvaise au moins pour la première journée de course. Bilan : catastrophique, avec d’innombrables abandons, des hypothermies sévères, des pertes de connaissance dans les bases-vie... bref, l’hécatombe ! Avec le recul, je pense que cette année-là, on a frôlé la vraie catastrophe, comme celle du Mercantour !

Plus généralement, dans les années passées, j’ai vu beaucoup de coureurs s’élancer sur diverses courses avec des sacs mal préparés, pas ajustés, ballotant sur des épaules nues. On voit de moins en moins ce genre de chose car à la fois le matériel gagne en technicité mais les coureurs gagnent également en expérience et compétence. Nous ne sommes plus au tout début de l’ère « Trail » comme cela était le cas au début des années 2000, voire plus tôt.

• Les infos : 3 formats de course : 107 km et 8500 m D+, 60 km et 5000 m D+, 40 km et 3200 m D+ (en solo ou en relais).

• Le site de la Montagn'hard : http://lamontagnhard.com/?page_id=969&lang=fr

• S'inscrire : http://lamontagnhard.com/?page_id=1657&lang=fr


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